La présence des Templiers à Libdeau est attestée par plusieurs documents dès la fin du XIIe siècle. Une charte non datée attribue à l'évêque de Toul Pierre de BrixeyEvêque de Toul de 1167 à 1192, fils de Pierre de Brixey et de Mathilde Rinel la confirmation du droit d'usage et de paison d'un bois proche de Libdeau, que son prédécesseur Henri de Lorraine avait accordé aux frères du Temple : « li dons dou bois devant Liebedos fait aux frères du Temple dudit lieu ». Le document mentionne les frères du Temple impliquant une installation des templiers à Libdeau au moment où a été établie la donation par Henri de LorraineEvêque de Toul de 1126 à 1165, fils de Thierry II duc de Lorraine et de Gertrude de Flandres. L'établissement a donc probablement été fondé au cours du deuxième tiers du XIIe siècle.  En 1312, la suppression de l'ordre des Templiers par le pape Clément VBertrand de Got fut le huitième pape français sous le nom de Clément V conduisit à la dévolution de ses biens au profit de l'ordre de l'Hôpital de Saint-Jean de JérusalemOrdre religieux catholique connu dès le XIIe siècle sous ce nom mais aussi plus simplement sous celui des Hospitaliers, toujours présent à travers le monde sous le nom d'Ordre Souverain de Malte depuis 1530.

À la suite de la Révolution française entraînant la dissolution de tous les ordres religieux, la commanderie fut vendue le 6 thermidorLe mois de thermidor était le onzième mois du calendrier républicain français, période allant selon l'année du 19 juillet au 17 août du calendrier grégorien de l'an IIL'an II du calendrier républicain correspond aux années 1793 et 1794 du calendrier grégorien comme propriété nationale pour la somme de 255 000 livres.

 

Les archives départementales de Meurthe-et-Moselle conservent 13 actes mentionnant des dons accordés aux frères du Temple de Libdeau. Hormis la charte de Pierre de Brixey, tous sont datés entre 1214 et 1272. Ces documents livrent des informations relatives aux possessions de la commanderieEtablissement foncier appartenant à un ordre religieux et militaire au Moyen-Age. A l'époque des Templiers l'organisation territoriale de l'ordre était nommée "Praeceptoria" tout comme "praeceptor" désignait le commandeur de l'organisation. qui reflètent un établissement de bonne importance principalement consacré à l'exploitation céréalière. La lecture des manuscrits montre l'attachement des frères du Temple à acquérir la totalité d'un bois nommé « Les Trois Chênes » et de plusieurs champs et prés. Une grange et le moulin de Boyer, situés à proximité, comptent également parmi les biens.

Des terres et biens de toute nature ayant appartenu à la commanderie de Libdeau ont été identifiés dans une trentaine de communes du Toulois, il est cependant probable qu'une partie importante des donations a été réalisée à partir du XIVe siècle à l'époque des hospitaliersOrdre religieux catholique connu dès le XIIe siècle sous le nom d'ordre hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem

La ferme de Libdeau sur le territoire de Toul appartenait en bien propre à Monsieur Alexis Chauxcouillon et resta dans la famille jusqu'à sa vente en 1938. La présence dans la chapelle d'une pierre tombale évoquant une épidémie de peste de 1588 et mentionnant le nom de Chauxcouillon suggère la présence de cette famille dans cette ferme au moins depuis le XVIe siècle.

D'autres archives attestent la présence de cette famille à la ferme de Libdeau au XVIIIe siècle comme on le constate sur l'acte de décès de Dominique Chauxcouillon décédé le 30 mai 1757 à l'âge de 65 ans. Un jugement relatif à la régularisation du droit de mutation rendu le 24 août 1848 par le tribunal de Toul confirme la propriété du corps de ferme à Claude Chauxcouillon avant son décès le 26 octobre 1846.

La plupart des constructions actuelles datent du XVIIe siècle, en effet les bâtiments de ferme furent incendiés pendant la Guerre de Trente Ans et seule la chapelle échappa à la destruction. La disposition actuelle des constructions reflète très probablement, au moins partiellement, l’organisation spatiale du bâti conventuel et utilitaire précédant les destructions.

Seuls quelques noms nous sont parvenus:

CommandeurPériode
Frère Renaud ↔ 1271-12722

Bertrand de Burey, premier commandeur hospitalier de Libdeau ✝ 13263
Ferry de Lunévillle ↔ 14594
Frère Jean Baxart, commandeur de Libdeau et de Jaillon ↔ 14675
Pierre du Châtelet, commandeur de Libdeau et de Norroy
Chevalier de Saint-Jean de Rhodes
↔ 14916-14987
François de Haraucourt, Commandeur de Robécourt, Libdeau et Norroy ↔ 15288
Lebeuf de Guyonville10 av.153411
Jean de Choiseul du Plessis-Praslin
Commandeur de Robécourt, Norroy, St Jean-devant-Nancy et Xugney (1534)
↔ 153411 ✝ 15654
Guy de Mandres, commandeur de Xugney et Libdeau ↔ 160712
Charles de Lorraine ↔ 16304
Gabriel de Ligniville-Tantonville ↔ 16494
Pierre Pons de Rennepont, commandeur de Xugney et Libdeau
Receveur-général de l'ordre au grand prieuré de Champagne
↔ 165613
Charles Descrots-Duchon, commandeur de ThorsCorgebinXugney et Libdeau ↔ 167014
Gaspard de Pernes, commandeur de Xugney et Libdeau ☩ 167515 ✝ 169016
Charles de Certaines de Villemolin ↔ 16944
Louis Descrots-Duchon, chef d'escadre des galères du Roi ↔ 1711-17144
Bailli Claude de Thiard de Bissy, Grand-Croix ↔ 1722-17364
Bailli Blaise-Léopold le Prudhomme de Fontenoy, Grand-Croix, Grand-Prieur de Champagne ↔ 17394
M. de Vagny ↔ 17404
Bailly de Bissy ↔ 1740-17464
Louis-Robert de Bermondes ↔ 1754-17634
Charles-Louis le Prudhomme de Fontenoy ↔ 17764

✝: date de décès. ☩ : date de nomination. ↔ : fonction en cours.

 

Gaspard de Pernes 

Des recherches récentes effectuées par le groupe histoire du CERCTL, dans le cadre de sa participation aux Journées d'Histoire Régionale de Lorraine 2013, permettent de mieux connaître Gaspart de Pernes nommé Commandeur Hospitalier de Libdeau en 1681.

Gaspard de Pernes était le fils de Louis de Pernes conseiller de roi de France et gouverneur de Saintes, originaire du comté de Saint-Pol sur Ternoise en Artois, et de Claudine d'Epinac originaire de l'Autunois. Le premier décembre 1650 il se présenta au château de Voulaines, en Bourgogne, alors siège du Grand Prieuré de Champagne où il fut reçu chevalier de Malte, après présentation de ses quatre quartiers de noblesseLes quartiers de noblesse expriment, dans le système nobiliaire, l'ancienneté des titres de noblesse d'une personne en fonction des titres de noblesse de chacun de ses ascendants. En pratique, le décompte des quartiers s'opère en cumulant, à chaque génération, le nombre d'aïeuls reconnus nobles., comme la règle de l'Ordre l'exigeait.

En 1652, Gaspard de Pernes s'embarqua à 18 ans sur une galère pour rallier Lavalette, siège de l'Ordre de Malte. Il logea ainsi à l'auberge de la langue de France qui accueillait les Chevaliers des Grands Prieurés de France, de Champagne et d'Aquitaine.

Pendant deux ans le jeune écuyer reçut une formation hospitalière et militaire qui comprenait quatre expéditions navales obligatoires. En 1656, il reçut l'habit de chevalier de Malte, puis pendant 25 ans il servit l'Ordre.

En 1681, à l'age de 48 ans, Gaspard de Pernes devint commandeur de Xugney près de Charmes, et de Libdeau près de Toul, jusqu'au 8 avril 1690 date de son trépas.

Lorsqu'il arriva en Lorraine, il constata immédiatement l'état satisfaisant des commanderies qu'il devait administrer et s'installa à l'hôtel de Malte, 3 rue Gouvion Saint-cyr à Toul.

 

Le "baume du commandeur" 

Encore prescrit par certains dermatologues, le "baume du commandeur" trouve sont origine en orient. On doit sa diffusion en Occident à Gaspard de Pernes, chevalier de Malte et commandeur des établissements lorrains de Xugney et Libdeau.

En effet ce commandeur a vraisemblablement eu connaissance d'un baume lorsqu'il était à la "Sacrée Infirmerie" de Malte. Il en a rapporté la formule en Lorraine et transmise à Charles-Christian de Pimodan, personnage ayant autorité sur les hôpitaux de Toul.

La formule fût ensuite confiée à Pierre Pomet qui recherchait des recettes de baume pour les inclure dans l'ouvrage qu'il était en train d'écrire. Ainsi, la recette du "baume du commandeur" apparaît, pour la première fois, dans son livre paru à Paris en 1694.

Connu sous diverses appellations - teinture balsamique, baume du chevalier de Saint-Victor, baume des Innocents, baume catholique, baume vulnéraire anglais, baume persique, élixir traumatique ou encore baume de la Miséricorde - le baume présente une formule à base de baume du Pérou, de Styrax et de Benjoin.

                                                           

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